Automne - Hiver 2007
 
EDITORIAL

Un peu partout à la surface du globe, et jusque dans les choses les plus banales de notre quotidien, nous sommes les témoins d’un monde de plus en plus interconnexe, le « village-monde » comme le nommaient encore il y a peu les géographes. Cette réalité, sans être nécessairement nouvelle, revêt une acuité plus importante que jamais dans le cadre de ce que l’on appelle désormais la « mondialisation ». Paradoxalement, dans un climat international ouvert, s'éloignant des schémas passés ou récents qui structuraient les relations internationales, alors que les perspectives semblent plus que jamais incertaines, ce phénomène accentué d'interdépendance entre les sociétés humaines et entre les différentes régions de la planète a provoqué, comme en contrepoids, un renouveau des replis identitaires. Certains prônent ainsi la revalorisation d'une identité nationale ressentie comme bafouée par la « globalisation » en gommant plus ou moins inconsciemment une partie de leurs racines (L'histoire au-delà de l'amnésie ou de la mémoire). De fait, immigration et identité nationale deviennent des notions allègrement conjuguées, faisant craindre à certains le réveil de réactions xénophobes, comme en atteste les controverses intervenues récemment en France autour de l'élection de Nicolas Sarkozy (Chacun chez soi, chacun en soi). Le patriotisme (L'étendard au vent), l'appartenance à une communauté - nationale, religieuse ou autre - et l'usage de symboles s'y référant (Et qu'en est-il de la nation, du drapeau et de la cocarde ?) sont aujourd'hui reconsidérés par l'essentiel des mouvements politiques.

 

Il devient particulièrement intéressant, dans un tel contexte, d'interroger les politiques économiques mises en place dans les Etats contemporains (Des concepts de développement et de sous-développement), mais aussi de questionner les traces que les regards croisés entre les peuples, au-delà des traumatismes coloniaux et post-coloniaux, ont laissé dans les imaginaires collectifs (Les représentations de l'homme blanc au Congo-Kinshasa), donnant parfois lieu à des stéréotypes qui ont perduré longtemps, et ont entraîné des reflets déformés de l'altérité (Quatre figures préjugées de l'altérité). Ces images faussées de l'Autre engendrent des représentations impensées et parfois dévalorisantes de soi-même, aux Etats-Unis (Topdog / Underdog) comme ailleurs. Ainsi, ce qui est vrai des discriminations raciales le reste également dans les rapports entre les sexes (Existe-t-il une poésie féminine en France ?).

Après avoir légitimé certaines dérives raciologiques ou eugénistes, les sciences sociales renouvellent aujourd'hui leurs présupposés sur ces questions essentielles. Mobilisés en bien des circonstances dans le sens des nationalismes les plus exacerbés, les arts peuvent également introduire de nouvelles et salutaires problématiques. Les interrogations et les hypothèses qui sont les nôtres dans ce numéro sont aussi à même, nous l'espérons, de nous faire avancer dans une meilleure connaissance de nous-mêmes et de nos contemporains afin de sortir de l'ornière des fantasmes identitaires.

     
SOMMAIRE

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    Chacun chez soi, chacun en soi par C. Roy.
Nicolas Sarkozy à Bamako (Mali), AFP-Le Monde, www.lemonde.fr, 8 mars 2007.  
Un point de vue sur la politique française de l’immigration, de la représentation nationale, et sur les replis identitaires d’une France pourtant multiculturelle.
 

Nicolas Sarkozy, fraîchement élu à la présidence de la République en France, a clairement annoncé la couleur: il n’y aura plus de contritions autour de la mémoire nationale ni de demi-mesures vis-à-vis de l'immigration clandestine…LIRE LA SUITE >>

     
   

L’Histoire au-delà de l’amnésie ou de la mémoire  par T. Blickstein.

Michel Rolph Trouillot, « Silencing the Past. Power and the Production of History », New York, Beacon Press, 1995.  

Une recherche épistémologique sur la mémoire nationale à travers les exemples de l’immigration en France, de l’impensable chez Foucault, et de la mémoire haïtienne selon Trouillot.

 

« Quand on ne peut pas en parler, on le refoule » : Un siècle après que Freud l’ait annoncé, beaucoup de penseurs et de scientifiques ont rejeté ce paradigme, d’autres y sont restés fidèles, d’autres encore l’ont nuancé pour pouvoir s’en servir…LIRE LA SUITE >>

     
   

Des concepts de développement et de sous-développement
par A. Toro Vallejo.

Portrait d'Alfred Sauvy, Céline Henriquez pour Ressac, France, sept. 2007. A. Sauvy est l'inventeur du concept de "tiers-monde".  

Une analyse des concepts de développement économique et d’Etat-nation indépendant dans le contexte latino-américain contemporain.

 
Parler de développement et de sous-développement en Amérique latine suppose aujourd'hui, pour ceux qui souhaitent se pencher sur l'étude des phénomènes sociaux, de fournir une analyse des véritables processus historiques à travers lesquels ont été érigées les nations latino-américaines…LIRE LA SUITE >>
     
   

Topdog / Underdog  par A. M. Itela.

Portrait de Suzan-Lori Parks, Céline Henriquez pour Ressac, France, août 2007.  

A partir de cette pièce de l’auteure nord-américaine Suzan-Lori Parks, une réflexion sur l’art du théâtre comme moyen de déconstruction des catégories discriminantes de représentations de l'Autre.

 
Une piaule minable. Dans un quartier populaire des Etats-Unis. Suzan-Lori Parks. Une pièce de théâtre, Topdog / Underdog, prix Pulitzer en 2002. Création en France, en septembre 2007. Par le metteur en scène Philip Boulay. Plongée au coeur de la société urbaine des Etats-Unis d'aujourd'hui...LIRE LA SUITE >>
     
   

Les représentations de l'homme blanc au Congo-Kinshasa
par C. Roy.

Peinture anonyme congolaise représentant mami-wata et mbula matari, Cahiers africains, vol. 8, n° 31-32, « Mort et maladie au Zaire », CEDAF/ASDOC, Tervuren, 1998. NB: Prévoir un temps de chargement plus long de cette page.  

Une étude sur les représentations de l’homme blanc au Congo-Kinshasa, à travers le prisme des croyances, de la musique et de la peinture populaires.

 
A travers l' étude des préjugés occidentaux sur l'Afrique subsaharienne et notamment de l'iconographie coloniale et post-coloniale européenne, on constate le dégagement d'un nouveau champ de recherche qui ne cesse de s'étoffer depuis deux décennies …LIRE LA SUITE >>
     
    L'étendard au vent par M. Perrot.
Jacques Louis David, « Le serment de l’armée fait à l’empereur » (détail), 1810, Musée du château de Versailles, France.  

Une courte nouvelle à l’humour impertinent et grinçant qui raille et interroge le vieux patriotisme français, tout comme ce nouveau patriotisme lié à une Union européenne en (dé-?)construction.

 
Ils se promenaient dans Paris, armés de cure-dents et de feutres. La fin d'après-midi s'annonçait belle, le soleil moelleux, d'une rondeur approximative dans son  duvet  roux.  Au bord de la Seine, ils construisaient tout plein de petits drapeaux français…LIRE LA SUITE >>
     
   

Quatre figures préjugées de l'altérité  par C. Roy.

Masque de la figure préjugée du mandarin chinois, Christophe Roy pour Ressac, France, août 2007.  

Un travail plastique donnant lieu à quatre masques commentés en fonction des lieux communs du préjugé représentés par chacun d’entre eux.

 
La conception que l'on se fait de l'autre, aussi fantasque soit-elle, engendre des lieux communs qui ont parfois la vie dure. Il serait quasiment impossible de vouloir en dresser un inventaire complet; nous avons donc choisi quatre « figures » emblématiques… LIRE LA SUITE >>
     
    Existe-t-il une poésie féminine en France ? par L. Padellec.
Lydia Padellec, « La voix de la femme neige », photomontage, 2007.  

Une réflexion référencée, de la part d’une praticienne de l’art sous différentes formes, sur la parité et la mixité au sein de la poésie française.

 
Parler de poésie féminine, c’est poser le problème du genre : or, nous savons tous que le masculin n’est pas uniquement le masculin, mais aussi le général. Il y aurait donc le général et le féminin. Une particularité. La poésie féminine serait en quelque sorte « marginalisée »... LIRE LA SUITE >>
     
   

Et qu'en est-il de la nation, du drapeau et de la cocarde ? 
par A. Toro Vallejo.       

Caricature du drapeau argentin, Diego pour Ressac, France, août 2007.  

La chronique libre d’un "exilé" colombien à Buenos Aires (Argentine) autour du sentiment national et de ses symboles en Amérique latine.

 
Les  identités  nationales...  Voilà un sujet déjà amplement traité, mais il demeure peu développé en ce qui concerne le contexte latino-américain. Ce qui m’intéresse surtout ici, c’est de comprendre la raison pour laquelle l'être humain a besoin de sentir appartenir à une entité politique abstraite et durable… LIRE LA SUITE >>
     
A PARAITRE
La ville et les logiques urbaines (printemps-été 2008)

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